La chasse aux sorcières va se poursuivre en Pologne. Ses premières victimes étaient les juges du TC. Certes, ils n'ont pas été démis de leurs fonctions - pas encore - mais la nouvelle loi signée le lundi 28 décembre par le Président de la Pologne les prive de facto de toute autonomie (ils peuvent désormais faire objet d'une procédure disciplinaire si tel est le souhait du Président de la Pologne ou du Ministre de la Justice).
Les suivants à passer à la trappe seront les procureurs. La fonction du Procureur général sera intégrée au Ministère de la Justice et exercée par le ministre lui-même, selon un nouveau projet de loi qui doit être soumis au Parlement dans les jours qui viennent. Et lorsque l'on a vu la façon dont la majorité a imposé sa loi sur le TC, on ne peut douter du sort de cette loi-ci. L'affaire est pratiquement dans le sac. Il faut savoir que la Pologne ne s'est dotée d'un bureau du procureur indépendant qu'en 2010. Insuffisamment doté (sans budget propre ni marge de manoeuvres), ce bureau, de l'avis général, n'a pas démontré son efficacité. Mais l'option d'une plus grande autonomie qui assurerait au Procureur général un véritable pouvoir n'entre pas dans les plans du PIS.
La Télévision devra «propager notre point de vue»
Prochaine étape de la purge programmée par le PIS: les médias. La première partie du projet de réforme de la loi sur la radio télévision est apparue dans la nuit de lundi sur le site du Parlement et devrait être votée cette semaine encore. Il est possible qu'elle soit discutée cette nuit. Car les députés du PIS sont pressés et ne le cachent pas: «Nous espérons que les compte-rendus des médias avec lesquels nous ne sommes pas d'accord cesseront d'exister" explique la porte-parole du club PIS, Beata Mazurek. Le chef du club, lui, affirme: «J'estime que ces dernières semaines, en ce qui concerne les questions liées au TC, nous avons eu à faire au travail extrêmement malhonnête des médias publics.»
Et pour que tout soit parfaitement clair, Krzysztof Czabanski (député PIS), rappelle: «Déjà avant les élections parlementaires nous avions annoncé la mission que devront accomplir les «nouveaux» médias et en particulier TVP (la télévision publique polonaise). Elle devra s'occuper de l'éducation historique des Polonais», «propager notre point de vue» (celui du PIS) et construire l'identité nationale.»
L'opposition qualifie cette loi d'assaut contre les médias publics et considère que son objectif véritable est de permettre au PIS de s'accaparer des postes dirigeants. Elle craint que la KRRiT (Conseil national Radio et TV) ne soit privée de ses compétences actuelles, celles de gardien de la liberté de la parole et du droit à l'information, ce qui serait contraire à la Constitution. Mais comme les députés de l'opposition ne prennent connaissance du texte qu'aujourd'hui, il est évident qu'ils n'auront que très peu de temps pour l'analyser. Ce qui est évidemment le but de la manoeuvre.
Réactions à l'étranger
D'ors et déjà très inquiets, les «Reporters sans frontières» allemands mettent en garde contre la limitation de la liberté de parole en Pologne. Christoph Dreyer, porte parole de l›organisation à Berlin, n 'en revient pas de la sincérité avec laquelle le nouveau gouvernement polonais avoue sa volonté d'introduire le contrôle des médias par l›Etat: «Le fait que le gouvernement en parle sans gêne suscite non seulement l'étonnement mais aussi l'inquiétude, d'autant plus qu›il s›agit d'un pays de l'Union Européenne.»
Par ailleurs, dans une lettre adressée au ministre de la culture, Piotr Glinski et à son vice-ministre, Krzysztof Czabanski (auteur du projet de loi), l'Association des journalistes européens (AEJ) appelle «au respect des principes généralement admis concernant les émetteurs publics, dont leur indépendance rédactionnelle et l'impartialité». Elle «craint que les réformes proposées, si elles entraient effectivement en vigueur, livreraient la télévision et la radio publiques au contrôle direct du gouvernement, entraîneraient le licenciement pour motifs politiques des journalistes critiques et conduiraient à une partialité systématique de la rédaction au profit du nouveau gouvernement.»
Rappelons que M.Glinski s'est récemment fait remarquer à l'antenne de la TV polonaise en refusant de répondre aux questions de la journaliste qui l'interviewait et en la menaçant d'un rappel à l'ordre. Quant au vice-ministre, il est fréquemment surnommé «Czabanescu» par un certain nombre de ses compatriotes.
Lire aussi:
http://jacquesmouriquand.eklablog.fr/l-europe-ne-peut-plus-soutenir-la-pologne-a119689812?fb_action_ids=1735945883308096&fb_action_types=og.likes
Si ce blog vous intéresse, pensez à vous inscrire à la Newsletter