C’est ce soir que se joue le dernier acte de la tragédie politique polonaise. Si la loi réformant le fonctionnement de la Cour suprême devait être votée en l’état (c’est-à-dire dans la version du PIS) ce soir au parlement polonais, cela signifierait la fin de la séparation des pouvoirs en Pologne. Et donc la fin du système démocratique dans ce pays. Il n’aura duré que 28 ans.
Comment en est-on arrivé là? Ce n’est pas faute de mouvements d’opposition et de cris d’alerte. Les manifestations contre l’abus du pouvoir du parti de M.Kaczynski se suivent depuis bientôt deux ans dans toutes les grande villes polonaises. Les anciens présidents lancent des appels à la raison, les anciens fondateurs et militants de Solidarnosc dénoncent les violations de la Constitution, les personnalités du monde de la culture protestent publiquement. Les avertissements européens pleuvent. Mais rien, jusqu’à présent n’a été en mesure de stopper la machine infernale mise en place par le PIS.
Ce dernier continue inébranlablement à démanteler les institutions démocratiques polonaises, à commencer par le Tribunal Constitutionnel, et à éliminer tous ceux qui pensent autrement: purge dans les tribunaux, dans l’armée, dans la police et dans les médias publics, remplacements des diplomates compétents par les fidèles du parti, etc etc. Et c’est ainsi qu’on en arrive au dernier acte de cette farce sinistre: la réforme de la Cour Suprême afin de la rendre dépendante du pouvoir législatif. Même Victor Orban n’a osé aller aussi loin.
Hier soir, des scènes épiques se sont déroulées au Parlement polonais: le président a systématiquement coupé les micros des députés de l’opposition, une parlementaire du parti Nowoczesna a été physiquement agressée pour l’empêcher de filmer les débats et Jaroslaw Kaczynski a explosé en invectives accusant l’opposition parlementaire d’avoir tué son frère (Lech Kaczynski mort dans le crash de l’avion à Smolensk). Le visage déformé par la haine et la rage, M.Kaczynski a tout simplement perdu les pédales et ce, à la vue du pays entier. Un spectacle grotesque et désolant lorsque l‘on sait que cet homme est le plus puissant de Pologne.
Ce soir devrait être celui du vote final, celui qui décidera de l’appartenance ou non de la Pologne au monde civilisé.