Chaque année, en temps normal, une centaine de procureurs polonais part à la retraite. Mais ce qui se passe actuellement sur le plan politique en Pologne, et notamment la prochaine réforme de l’organisation de la magistrature annoncée par le ministre de la Justice, Zbigniew Ziobro (le pourfendeur le plus virulent du statut du Tribunal Constitutionnel), sort de l’ordinaire. Cette réforme en inquiète beaucoup, à commencer par les procureurs qui sont les premiers visés.
C’est ainsi que les départs à la retraite des procureurs viennent de prendre l’ascenseur. En quelques semaines, 103procureurs ont déjà annoncé leur volonté de quitter la vie active, soit autant que l’année dernière en douze mois (un nombre qui risque de monter à 300 prochainement).Tous, ils déclarent craindre pour leur avenir et souhaitent partir avant d’être affectés à des postes qu’ils ne pourront pas choisir. Aucun d’entre eux n’a envie de se faire humilier par Zbigniew Ziobro, un ministre peu respecté par l’ensemble des magistrats.
Pourtant, la nouvelle loi sur l’organisation de la Justice qui prévoit notamment l’intégration des bureaux des procureurs au ministère de la Justice et la réorganisation complète des instances d’appel, n’a pas encore été votée. Elle est actuellement discutée, en deuxième lecture, au Parlement. Tous les groupes parlementaires - sauf PIS évidemment - y sont opposés. Mais, au vu de ce qui s’est passé depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur, il ne fait aucun doute qu’elle sera rapidement adoptée. Cela a déjà été le cas de la loi sur le Tribunal Constitutionnel, de la loi sur les médias publics, de la loi sur la surveillance électronique, notamment: toutes ont été votés à la vitesse grand V sans aucune des modifications demandées par l’opposition.
On comprend donc que les procureurs dont la durée de travail est suffisante pour leur permettre de faire valoir leur droit à la retraite ont préféré ne pas attendre.
Comme il s’agit forcément des magistrats les plus expérimentés du pays, les justiciables polonais ont du souci à se faire.